Hishhh ! Yayksss ! Ce fut un peu long avant que la voix (et surtout l'esprit) ne me revienne ! Sorry !
Les textes:Letters to Memphis no 30 de Frédéric Rappaz Antre de l'étrange anti-vie de Suki-SxLe bonheur te paresse de Roby BarretteÇa sent la fin de la coupe d'Isabelle À coeur ou[vert] de VizckÿRéponse à s.o.s. (et la poésie) de Tony TremblayLa terre est plate de
Matthieu SimardEt si la terre était aussi plate que ta vie ?
La première fois que tu te fais arracher les veines une par une, la première fois que tu te fais briser le coeur, tu comprends rien. T'as quinze, seize ans, ta vie souffre plus que toi. Tu regardes les choses aller, spectateur de ta peine d'amour, tu découvres, t'apprends, t'as peur de rien, juste un plissement dans ton égo. T'as l'égo en blocs, l'instant d'un instant, mais ça passe. Tu sais pas qu'à l'avenir, les prochaines fois, ça va être tellement plus souffrant. Tellement pire. Toujours pire, de plus en plus. Comme le gars dans la locomotive qui voit les victimes au loin et qui ne peut pas arrêter, pas à temps, la voiture en panne au passage à niveau, les petits vieux pris dans la grosse Cadillac jaune beige, énorme mais si petite. Tout se passe au ralenti, un tremblement sonore à faire couler le sang sur les joues, et tu vois dans le regard des victimes, trop longtemps, la douleur en un frisson interminable, le blanc des yeux comme des nuages.
C'est comme ça quand ça fait huit fois que tu te fais crisser là, douze fois, mille fois. La douleur qui s'éternise, le sang le long de ta joue. Tu t'ennuies de la première fois, c'était tellement facile, parce que c'était nouveau. Il y avait la douleur sans la peur, et c'est la peur qui fait mal. La peur d'avoir mal, la peur d'être perdu à jamais, quand elle te dit « j'pense pas que ça va marcher, nous deux », quand elle te dit « faut qu'on se parle », quand elle te dit « je t'aime, mais je suis pas amoureuse de toi ». La peur que ce soit la dernière, qu'il n'y ait plus rien après, la peur que la terre ne soit pas ronde, qu'on se soit tous fait fourrés à l'école, et qu'elle soit plate, la terre, aussi plate que ta vie. Et toi, t'es rendu au bout du monde, comme ça, en une parole de fille sur qui tu trippes, qui veut plus rien savoir de toi. Tu fais quoi ? Tu plonges dans le vide, tu fais demi-tour, tu t'assois sur le bord en attendant de mourir ?
La première fois que tu te fais arracher les veines une par une, la première fois que tu te fais briser le coeur, tu comprends rien. Ça passe assez bien, comme un paper cut qui brûle vite, que t'oublies vite. Tu te dis que c'est pas la fin du monde, ça va même te permettre d'en trouver une autre, et t'espères qu'elle va être mieux que celle d'avant. Mais plus t'avances dans la vie, plus tu vieillis, moins t'espères que la prochaine soit mieux que la précédente. T'espères juste qu'il va y en avoir une, prochaine. Tu veux pas mourir tout seul, tu veux pas être le loser de l'hospice, celui qui est tout seul sans être veuf, tout seul à cruiser les petites vieilles, à espérer que tu pognes parce que t'as une grosse Cadillac jaune beige.
C'est pour ça que ça fait mal. Parce qu'en une seconde, tu t'ennuies du passé, et t'as peur de l'avenir. Une seconde avant, tu pensais pas au passé, tu trouvais ton présent assez poche, et tu te disais que l'avenir pouvait juste être mieux. Et puis là, pouf, quelques mots de ses jolies lèvres, peut-être une larme sur le coin de son cil, pis ton avenir prend le bord, ton avenir qui pouvait juste être mieux, comme ça, devient ton avenir qui te terrorise.
T'es assis au bout du monde, tu attends de mourir, pis tu trouves ça tellement ironique. Tu souffres de t'être fait crisser là, et en même temps, t'as peur que ça t'arrive plus jamais, que t'aies plus jamais la chance de te faire crisser là.
Estie que t'es cave.
Interlude à la solitude de
Coyote InquietFallait bien que ça finisse par arriver. Elle revenait de son cours. Ils avaient appris quelques pas de tango. Lui fallait un partner. Elle m’enseigna les pas. Puis la position. Main droite sur l’omoplate.
- Pas comme ça. Reste détendu… C’est l’homme qui leade dans le tango…
- …
J’ai leadé ça jusque dans ma chambre à coucher avec un o-soto-gari comme dernier pas. Cette fois-là, elle ne s’est pas débattue ni ne s’est esclaffée en s’esquivant. Elle me dévisageait de ses grands yeux effarouchés, avec ce quelque chose du chevreuil, inquiets et impatients face à la suite des événements. Moi je ne la connaissais que trop, la suite des événements – depuis le temps que j’en rêvais. Elle a bien protesté un peu pour la forme. Mais lorsque j’ai senti son cou qui commençait à se tortiller pour mieux s’offrir, comme des plages du sud au soleil ou à l’ouragan, j’ai su que j’avais gagné. Finalement, elle s’abandonnait. Vaincue. Par mon obstination, mon entêtement, ma persévérance ? Par ma passion, mon amour pour elle ? No se. Puis j’ai senti son odeur de femme émanant de sa chevelure, comme un sous-bois humide au temps des champignons. J’ai plongé dedans comme si je voulais me noyer. Elle a émis un son doux comme le vent dans les frondaisons. On s’est observé, immobiles sur le fil de fer du temps, et dans son regard j’ai perçu la naissance du monde aussi distinctement qu’une toile lumineuse qui retiendrait toutes les particules de l’univers ou tous les êtres entre eux. Et ce sont les yeux qu’elle a refermé qui m’ouvraient cette porte universelle. Nos mains se sont serrées comme des racines se disputant l’eau.. Il y avait trop de passion pour un seul coeur : il nous fallut être double comme les flotteurs d’un catamaran pour supporter le souffle brutal qui nous propulsait vers l’horizon inédit - jamais atteint - jamais assouvi. La chemise a coulé sur sa peau alors que mon cœur avait depuis longtemps glissé sur la glaise. Son corps enfin offert comme la saccharine au colibri, comme l’ozone au siècle, la révolte à l’idéaliste. J’ai fouillé partout, comme un cartographe dément, déterminé à arpenter la surface entière des continents. Des plaintes se sont élevées et le regard d’un enfant qui s’endort a traversé la beauté de son visage. Et tout n’était plus que volupté, sensualité, et nous roulions l’un sur l’autre comme ciel et nuage. Et l’automne s’est installé sur le visage de Sarah-Lyne et c’était le plus bel automne que je n’avais jamais vu et j’ai encore une fois cherché à en parcourir toutes les orées. Puis on s’est redressé comme des chiens des prairies ou des tamias surexcités et on a retiré toutes les entraves textiles à nos gestes de feu et d’eau, le fado de la nuit des temps de la femme et de l’homme, comme si le sort du monde en dépendait, comme si c’était nos dernières secondes à exister, comme si nous avions déjà perdu tellement de temps avant l’amour, avant de naître et de vivre pour vrai, comme une ombre s’enfuyant de l’aube, comme si la vie tout juste saisie menaçait à de s’écouler à tout moment dans l’entre-doigts comme un sel blanc du Yucatan, brûlant et trop libre pour la main maladroite de l’homme. Puis ses seins et son sexe ont lancé l’appel de tous les feux du monde et le lit, la chambre - Paris ! s’est embrasée et nous avons tous deux dansé, païens au sabbat des sens quelque part entre les portes hurlantes de l’enfer et la félicité du ciel. Puis je goûtais ses cheveux interdits sur ma langue comme des carex à l’interface des Fleuves, et ils sont devenus l’espace d’une saison la tente de notre intimité, la plus cossue des villa pour notre noce. Puis comme le cri des goélands qui s’élèvent dans l’azur, hurlants leur vertige et leur faim sans répit, nos noms chuchotés ont frémis de tous les cold turkey possibles, vibrants, grinçants comme des cordes violons, et je me suis mis à ramer de toutes mes forces pour aller la rejoindre alors qu’elle s’enfuyait, indifférente, toujours plus haut, toujours plus loin de nous deux. Puis je me souviens que ma conscience s’est fracassé comme un cristal d’Atlantide sous l’éblouissement d’un soleil du dernier solstice. Comme l’aveu d’un condamné juste avant l’injection, ne me restait qu’à lui admettre mon sentiment avec le seul mot qui le décrivait. Puis j’ai vu de minuscules limaces d’argent ramper sur ses joues comme l’enfantement d’une source et puis ça, je peux vous le jurer, elle l’a dit au moins une fois en me regardant droit dans la prunelle de l’âme avant de m’enlacer de plus belle. Elle l’a dit au moins une fois elle aussi : qu’elle m’aimait. Et comme le chant d’une armistice trop longtemps attendu et que reprennent en chœur et jusqu’à la migraine tous les clochers libérés d’un pays, je crois que mon âme a elle aussi soupiré, enfin apaisée. Et je me suis couché sur le dos et elle a aussitôt échouée sa tête trempée sur mon épaule et, sous la brise de nos souffles tièdes, je me suis senti le plus heureux des hommes, plus heureux que le mot bonheur même. Seul le silence savait transcrire le pouls de l’univers que j’entendais maintenant et que Sarah-Lyne venait de me faire entendre aussi distinctement que dans un stétoscope. Seul le silence. Et encore !
C’est très rare, mais il arrive que ça soit comme ça la vie : parfait.
En musique:Tu n'as pas voulu de
Télémaque Sour times de
PortisheadCompost moderbe de
La descente du coudeA des
Vulgaires MachinsC'est de l'art bébé de
Navet Confit Félin perdu de
Chocolatine Express Là de
Jean-François FortierLa semaine prochaine, je promets de rester sage la veille !
-(On fait pas de promesses qu'on est pas sûr de tenir Patrick !!!)
-(Euhhh...)