Émission du 28 septembre
Les textes:
Horloge murale de VWL
Cocoon de la fée Blackstick
Ti-Gus de Daniel Rondeau
Que je touche en retard de Christian Mistral
Mon père, ce héros de Lady Guy
Le grand Mal de La Souris
Où étais-tu de Pierre Tessier
Je l’ai rencontré un soir de juin sur Saint-Laurent. Le temps était beau. Elle était avec une amie que je connaissais un peu. Elles buvaient des cosmopolitans. Tout de suite on a senti les trois que quelque chose se passait. L’amie a inventé une excuse. On s’est rapidement retrouvés sur une banquette.
Sans la connaître du tout, je lui ai pris la main. Elle m’a regardé au fond des yeux, l’air de dire « c’est toi ? ». On a cherché quelques mots mièvres. Rien pour meubler l’espace de ce qui arrivait. Une boule dans la gorge, le cœur qui bat à cent. Les deux, pareils. Nos verres étaient vides. On ne voulait plus rien. Quelle heure était-il ? Je ne laissais pas sa main. Elle aurait voulu que je prenne l’autre aussi. La musique semblait venir de si loin. Les gens dansaient au fond, au ralenti. On s’est finalement contenté quelques minutes de ne pas parler. Simplement réaliser.
Pas juste belle. Diaphane. Flottante. Les mouvements des mains. La tête par en arrière quand elle rit. Peu de mots mais toujours sur la cible. Un regard qui comprend tout, tout de suite. Pas juste le sens, l’émotion aussi.
Elle s’est levée, sans laisser ma main. Elle ne la laisserait peut-être jamais. M’a entraîné dehors. La foule défilait sur un tapis roulant. Minuit mais encore chaud. Les bars déversaient chacun leur musique identique. Elle s’est lovée contre moi mettant ma main sur son épaule. Je la serrais juste un peu. Je ne te laisserai pas filer. Au-delà du désir.
Elle habitait le Mont-St-Louis tout près et sans parole m’y emmena. Pas d’hésitation. Chez elle aucune lumière autre que la lune. Une longue étreinte. Sa bouche. Son cou. Appuyés au mur. Heureusement. Une soif, l’un de l’autre. Malgré tout, une découverte délibérément lente. Pour marquer le coup et se souvenir. Ce serait comme ça, pour longtemps. Et en s’arrêtant ici et là. Pour se regarder. Se dire des yeux « où étais-tu ? ».
La nuit passait par vagues. Sa tête sur mon épaule, sa main sur mon ventre, la chaleur confortable, la fatigue refusée. Surtout pas s’endormir. Sans raison, on s’est éventuellement mis à parler. Se raconter les familles, les traumatismes, les voyages de jeunesse. Puis s’arrêter et se faire plaisir encore. La caresser jusqu’à l’abandon. Aucune retenue, malgré une première fois.
Au matin, encore plus de soleil. La ville s’éveillait sans bruit. Hébétés, engourdis, nous buvions le jus puis le café. Tout avait été dit. On ne craignait même pas de briser le charme. C’était fluide, enveloppant.
Elle me dit finalement : « Après déjeuner, je vais t’aider. On va aller chez toi chercher tes choses. »
En musique:
Dysfonctionnel de Paul Ahmarani et les nouveaux mariés
Poularies de Marco Rancourt
The 12th of September de Xavier Rudd
La bonne étoile de Ariane Moffat et M
Che la vita de Marco Calliari
Porcelaine de Bénabar
Crac de Chiendent
Morphologie des émotions de La descente du coude
À la semaine prochaine !


