Émission du 30 novembre
Les textes:
Boisclair et autres exemples de contre-productivité de Geneviève
Céréale Killer de Linda
L'homme qui coupait la lune d'Océane
Petite mère de Monik Richard
Il faut faire semblant de d'A.B.
Le verbe de Léonard de Nicolas Dickner
Je me souviens clairement du jour où j’ai découvert Leonard Cohen.
Il ne s’agissait pas d’une découverte à proprement parler : je connaissais déjà plusieurs de ses chansons et j’avais même jadis possédé (sans passion) un de ses albums intitulé The Future. J’avais beau me creuser la tête, je n’arrivais pas à comprendre ce que mes amis appréciaient tant chez ce vieux bouddhiste à la voix fatiguée.
Je me trouvais donc en Allemagne lorsque, décidant de faire un homme de moi, j’achetai The Best of Leonard Cohen dans une petite boutique de disques usagés de Langestrasse.
J’étais passablement déprimé ce jour-là. Je peinais sur mon roman depuis plusieurs semaines sans arriver à rien. J’avais l’impression de ne maîtriser ni l’histoire, ni les personnages. Pour tout dire, le manuscrit au complet me semblait verbeux et tarabiscoté. En écoutant mes deux albums de Leonard Cohen – et plus particulièrement les chansons de l’époque de Famous Blue Raincoat – j’ai éprouvé un véritable satori : le vieux bouddhiste parvenait à évoquer des histoires entières avec une impressionnante économie, avec quelques vers, quelques mots à peine.
Tout mon roman m’est soudainement apparu terriblement vain. J’ai envoyé trente pages aux poubelles d’un coup et je suis sorti passer le reste de l’après-midi au cinéma.
Chemin faisant, encore sous le choc, je me suis envoyé une porte vitrée en pleine gueule. Peu après, je me retrouvais assis dans une ambulance, l’arcade sourcillière béante, à tenter d’expliquer la situation à un infirmier monoglotte qui, de toute évidence, ne connaissait pas Leonard Cohen.
Le chirurgien, incrédule, m’a gratifié de trois points de suture.
Brume d'Anonyme
Brume.
Un voile opaque qui joue à cache-cache sur les mois à venir. Comme sur un voilier, qui va son chemin sans corne de brume… qui absorbe et épouse les courbes des vagues, douces vagues, modelant sa route. L’absence d’oiseaux rappelle la terre. La terre n’est plus à l’horizon. Qu’un soleil, trop chaud, qui brûle malgré la brume.
Brume.
Le matelot n’a plus le choix. Suivre la marée, les étoiles et le vent, prendre la voie de l’inconnu, se laisser bercer au son des clapotis… Il stagne. Néanmoins, il avance. Les heures passent et ne le font pas vieillir. Suspendu dans le temps, entre 2 continents, la brume comforte et emporte ses blessures.
Brume.
Brouillard léger, confus, les brumes de l’esprit le tourmentent. Un grand trou dans l’inconscient. Les pieds à l’eau, les yeux fixés dans l’aurore ouaté de gouttes, il aperçoit soudainement la rive, des moutons ivoires avides de sable. Un héron passe entre ses deux oreilles… et caresse sa mort d’une aile éternelle.
En musique:
Y neigeait fort de Dany Placard
Pili Pili de Karkwa
Liberté de Gou-H
J'ai soif des Batteux Slaques
J'sais pas où tu es parti de Mathieu Boogaerts
Dans le creux de mes mains d'Exilium
Et si ce n'était que la pluie de Henri Band
À la semaine prochaine !


