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mercredi, décembre 28, 2005

Émission du 28 décembre

Top Textes de l'année 2005

Midnight daylight de Marie Deschênes
Il fera beau de Daniel Rondeau
L'ultime bang bang de Reine Laurence
Le dernier wagon de Léa L'Aphaule
Écriture automatique tac toe de Jean-François Domingue
La liberté n'est pas un Kotex de Sébastien Chabot


Antre de l'étrange anti-vie de Patrick Brisebois

et la pluie grise me poursuit
ses nuages m’enveloppent.

fœtus crevé dans du coton
j’éclate en son sein de bruits de pneus dans la rue.

mon parapluie brisé
laisse dégoûter l’eau sale
sur mes épaules.

le métro
grouille de mort-vivants
ils ont des regards
qui ne se souviennent plus de rien.

je les observe tous
dans le gris des yeux
et cherche l’éclat de vie
qui me fera sourire un instant.

mais c’est sans espoir.

je roule dans le train des cadavres
plus rien ne les attend
à la fin du jour.

mon existence aussi
est remplie d’eau froide
de livres jaunes trop lus
de films à se trancher la gorge
de magazines moites et poisseux
au parfum de pompes funèbres.

et ces mots puent comme mes doigts perdus entre mes jambes d’acide


Circle d'Ishenkar

J'étais assise devant toi, à cette table, dans cet appartement de merde qui me faisait m'exécrer moi-même à travers tout ce que j'y voyais. Je ne sais pas trop ce que j'essayais de faire.

Par la fenêtre, on voyait le toit de la vieille fabrique d'en face sur lequel on allait regarder la ville les soirs de juillet en fumant de l'herbe et en imaginant des histoires d'horreur à propos de la vieille italienne du dessous. Le cadre de la fenêtre, dépeinturé à force d'y poser notre cul pour admirer le centre-ville en matinée, un bol de café au lait immense dans les mains. La fougère géante que l'on avait massacrée à coup de ciseaux qui tentait plus que jamais d'avaler la télé oubliée, enfouie. Cette merde de chat qui avait appris à ouvrir le frigo frénétiquement.

Ça faisait deux heures que je te crachais tout ce que j'avais en dedans, que je me l’arrachais pour te le donner, comme ça, les mains pleines de mots dégoulinants d'incertitude à la recherche de quelque chose qui pourrait me réveiller et te faire comprendre.

Et tu m'as souris.

Une sorte de façon de balancer tous mes efforts au loin, là-bas, directement contre ce mur fade. Hygiénique, conforme et imbibé d'opulence. Du coin de l'oeil je les voyaient se liquéfier et se diriger lentement vers le sol, le miasme de mon courage qui crevait sur le parquet laqué en me lançant un regard inerte.

J'avais l'impression qu'une partie de moi n'arrivait plus à survivre devant le caractère avenant de tes paroles et ta certitude acquise.

Je crois que c'est à ce moment que j'ai décroché. J'ai décidé que tu ne pouvais plus m'atteindre, j'avais plus rien à perdre.

Et pis toute façon j'avais encore envie d'un café vanille. Comme dépendance, il y a bien pire, que je me suis dit en sortant.

Top Albums de l'année 2005:

8- Pauline Croze / Éponyme
7- La Cage de Bruit / Le pouvoir
6- Thomas Hellman / L'appartement
5- Mickey 3D / Matador
4- Camille / Le fil
3- La descente du coude / L'indécence du coup
2- Françoiz Breut / Une saison volée
1- Karkwa / Les tremblements s'immobilisent

Une bonne année à vous tous !

mardi, décembre 27, 2005

Demain !

Hey vous autres ! Demain, c'est la dernière émission de l'année 2005. Pour souligner l'événement en beauté, je vous propose le Top 8 Musique et le Top 8 Textes de l'année !

Manquez surtout pas ça !

mercredi, décembre 21, 2005

Émission du 21 décembre

Désolé pour le délai de mise en ligne mais j'ai subi une panne d'esstrissté toute la journée chez moi.

Les textes:

Minuscule de Rachel des Cruelles Incognitas
Allez, demain j'arrête du Chinchilla Masqué

La montagne et les zèbres rêveurs de Marie-Ève Belleau Bérubé

Cette histoire se déroule sur une île. Une île divisée en deux par une gigantesque montagne. Une île habitée par des zèbres et des énormes animaux qui n’existent que dans les contes. Ceux qui ne sont pas des zèbres sont ceux qui ne rêvent plus depuis longtemps, ils naissent adultes et désirent le rester.

Sur cette île aux cocotiers géants peuplée de baobabs nains, nuls n’a osé poser la patte sur la montagne. Les zèbres restent sur le sable et contemplent l’infini en se demandant ce qu’il y a au bout de cette mer et les gros animaux des contes se font des cabanes au cas où il se mettrait à pleuvoir. Pourtant, il n’a jamais plu sur cette île et cela n’arrivera jamais, dieu le sait! Et les zèbres aussi!

Avant de commencer cette histoire, nous devons immédiatement cesser d’appeler les énormes animaux «des énormes animaux ». Les zèbres leur ont trouvé des noms. Ce sont les « énormaux » si on vient de l’est de la montagne et les « anormaux » si on vient de l’ouest. D’ailleurs une réunion qui aura pour titre : « A-t-on besoin d’un néologisme pour les grosses bêtes », se tiendra pour avoir une meilleure appellation de ces monstres. Sur cette île, il y a beaucoup de réunions sur divers sujets, mais seulement les zèbres s’y intéressent. Il faut dire que ce sont des créatures divines et qu’elles sont dotées d’une forme d’intelligence qui frôle l’insulte quand on pense à ce que nous, humains, avons comme cerveaux. Ces réunions se déroulent généralement sur le côté sud de l’île. Ces rencontres se finissent par une grande fête où l’on allume un grand feu et où l’on fait calciner des guimauves.

Pour bien comprendre la vision des zèbres de l’est et de l’ouest de la montagne, je dois céder la parole aux conjointes des chefs de chaque côté, les « zèbrelles » derrière les grands zèbres. Commençons par Madame Ouest, Betty.

- Mon conjoint, Bobby, est un petit zèbre intrépide, aimé et apprécié de tous tout particulièrement pour sa compréhension, son pudding chômeur ainsi que pour les bruits étranges qu’il peut exécuter en mastiquant les jupons des nonnes de la Sainte-Perpétuité-des-Bénis-Sois-Tu. Il caresse un rêve depuis son jeune âge, celui de gravir la montagne qui nous sépare.

Écoutons maintenant la conjointe du chef de l’est, Madame Est, Néo.

- Gezed Hessen est un beau et noble conquérant des poissons chats à dent de scie et des hippopotames à la dent creuse. C’est un fier quadrupède élancé. Son nom lui donne des allures de mystère et de divines boules de gomme. Mais sous ses allures de grand zèbre, se cache un « zèbreau » qui n’a qu’une envie, celle de se hisser hors de tous doutes sur cette montagne qui nous fait de l’ombre.

Et bien sûr, il y a l’opinion des anormaux-énormaux sur cette idée d’escalade.

- Monter la montagne. Saleté de zèbres « pelleteux » de nuages! Ça va finir en catastrophe! Comme l’histoire de la Tour de Babel! Ils veulent se rapprocher de dieu sans le savoir! Qu’ils en subissent les conséquences.

Mais les zèbres faisaient les durs de la feuille, ils savaient que leur idée ne tirait pas de l’utopie. Ils étaient aussi conscients qu’eux aussi, dans des moments de faiblesse, ils arrêtaient de rêver.

Et hier matin, après une réunion endiablée où des kilos de guimauve ont été avalés, les zèbres ont décidé d’accomplir le rêve de leur vie, voir plus loin que le bout de leur museau. Avec leurs petits baluchons contenant des biscuits et des photos de famille, ils ont gravit la montagne. Au pas de course! Ils voulaient toucher le ciel le plus rapidement possible.

Après une heure, ils y étaient. Bon, d’accord! Vous me direz que ce n’était pas une grosse montagne, que ce n’était pas un si gros rêve que ça, mais c’était LEUR rêve, et nous ne sommes pas ici pour les juger…

Et vous voulez sans doute savoir ce qu’ils ont vu sur cette montagne. Du haut de cette montagne, ils ont vu d’autres îles. Et ils se mirent à rêver de plus belle. Et ils étaient heureux, et c’était la fête encore et encore. Et parfois, un zèbre jetait un coup d’œil en bas et se disait qu’il n’y avait plus de place sur la plage pour faire des cabanes anti-pluie.

Marmiche de Charles Bolduc, rédacteur en chef du magazine littéraire J'écris

Y a des histoires qui sont faites pour être racontées
Pas pour être vécues
Des histoires qui s’inventent pas
Passque personne les croirait
Celle-là c’est l’histoire d’une fille
Une amie d’enfance
Une fille toute simple
Toute simple que ça pourrait être n’importe qui
Pis qu’des comme elle y en a au moins trente qui vont lire ça
En tout cas

Marie-Michèle qu’a s’appelait
La grande Marmiche
Un peu trop maig’
Avec des freakles sué joues
Sué-z-épaules pis ent’ les seins
Avec un grand sourire de fille gênée
Étampé dans face
Un sourire plein de gencives
C’était pas beau

Faque Marmiche c’soir-là
A’est montée chez l’voisin
Celui d’en haut
Qu’a connaissait pas beaucoup
Mais qu’a savait qu’a soir
C’tait sa fête
Vingt-sept ou vingt-huit ans
A’était pas trop sûre
Mais c’tait pas grave
A voulait y dire
Y souhaiter bonne fête
A savait qu’y avait personne dans vie
Le gars d’en haut
A les aurait entendus la nuitte
Les cris
Les oh oui, encore !
Pis les grincements du lit
A les aurait entendus
Si y avait eu quequ’un
Mais alle entendait rien

Lui
C’tait un grand roux
Mal rasé
Assez shapé
Du genre qui t’fait l’amour
Pis qui s’crisse de toé après
Un rough
Elle ça la faisait triper
P’t-être qu’alle avait jusse envie d’se faire sauter
Pour se prouver qu’alle existait
P’t-être qu’après toute alle avait jusse envie d’une queue
Pis d’croire toute une nuit qu’a pourrait être capable de l’aimer
C’te queue-là
Pour toute une vie
Alle avait besoin d’croire à queque chose
La grande Marmiche
A s’sentait un peu perdue
Un peu tu-seule
Pis son rouquin c’tait comme une bouée qui fallait pas qu’a rate
Une bouée en plein déluge

A l’connaissait pas ben ben
A l’croisait des fois
Dans l’escalier
A y disait salut
Pis lui y faisait un p’tit signe d’la tête
En la r’gardant par en d’sour
Avec des yeux qu’a trouvait don’ mystérieux
Faque là a dev’nait tout rouge
C’tait plus fort qu’elle
Pis l’soir avant d’se coucher
Alle allait s’imaginer des affaires
Des affaires avec le gars qui s’en v’nait chez elle
Pis qui la déshabillait
Qui mettait sa gueule de barbare là où ça sent un peu fort
Pis qui faisait des affaires cochonnes que j’raconterai pas
Mais qu’a trouvait pas mal excitantes

Faque Marmiche c’soir-là
Alle a pris son courage à deux mains
Pis a’est montée
Avec du vin à quinze piasses
Dans un sac en carton
Pis deux centimètres de gencives
Accrochés dans face
C’était pas beau

Alle a cogné à porte
Trois p’tits coups secs et nerveux
Toc-toc-toc
A s’tait préparé queque chose
Une phrase pour avoir l’air intelligente
Queque chose à dire quand y allait ouvrir la porte
Mais a s’rappelait pus de rien
Alle avait toute oublié
Comme quand c’est à not’ tour
Pis qui faut parler d’vant l’monde
Alle avait la tête vide
D’un vide qui s’remplissait d’vertige
Alle allait pas ben Marmiche
Quand la porte s’est ouverte
Pis que
Pis qu’son rouquin est apparu
Alle a voulu y dire queque chose
Ouvrir la bouche tsé
N’importe quelle connerie
Y fallait qu’a parle
Sauf qu’a’était pas capable
Alle allait pas ben Marmiche
A feelait weird
La vue qui s’trouble pis les oreilles qui bourdonnent
Des étourdissements pis des chaleurs
A feelait mal
Tellement qu’a s’est mis à vomir
Avec des bruits qui s’imitent pas
Pis des couleurs de yogourt moisi
A y a pitché ça un peu partout
Sué vêtements pis sul tapis
Au p’tit bonheur de comme ça sortait

Pis quand y est pus rien resté alle a pleuré
Comme ça
À quatre pattes sul tapis d’l’entrée
Les mains dans son vomi
Alle a faite ça joliment
Sans retenue
Même après qu’les flics soient arrivés
Pis qu’n’importe quelle aut’ à sa place aurait essayé de paraître normale
Le pire c’est qu’y ont agi comme si y avait rien
Comme si la fille qui buvait ses larmes dans son coin
Comme si alle existait pas
J’sais pas pourquoi
P’t-être passque ça a queque chose de surréaliste qui les a fascinés
Eux les poulets
Une sorte d’envie d’installer ça chez eux
Sul vieux divan brun de l’Armée du Salut
Dans l’salon
Une fille-fontaine qui brasse les épaules
Comme si a riait
Une madeleine qui s’écoule en silence
Ploguée sua hose comme un ange qui pisse à journée longue
Ça impressionne la visite

Les policiers ont parlé avec le gars
Ç’a pas été long
Deux trois minutes
Pis là y ont pris Marmiche chacun d’leu bord
La pauv’ Marmiche qui continuait d’brailler
Qu’y était pas vraiment là
Y l’ont amenée au poste
Pour qu’a dessoûle
De ses fantasmes
Y l’ont pas battue
Y l’ont pas violée
Y y ont jusse dit d’se fermer a yeule
Pour qu’y puissent jouer au poker tranquilles
Faque a les a écoutés
A se l’est fermée

Pis quand y l’ont libérée l’lendemain
La première chose qu’a faite
A’est allée téléphoner à son père
Qui était p’t-être la dernière personne qu’alle aimait
Mais comme y était pas là
Alle a laissé un message sua boîte vocale
Un message tout bête où a disait à son pôpa qu’alle l’aimait
Un message qui t’nait su’ un bout d’tape de queques centimètres
Des centimètres que l’paternel a passés
Pis r’passés pis r’passés
Sa tite fille, sa Mimi, sa Marie-Michèle
Des centimètres qui ont tournés souvent
Trop souvent
Pis qu’un jour ç’a été fini
Passqu’le tape était scrape
Pis qu’dans c’temps-là y a pus rien à faire

A s’est rendu chez elle
La grande Marmiche
Alle a mis une toune de Pink Floyd
Alle a pris son temps
Alle a toute installé

Pis l’bruit sec que ça a faite quand la chaise est tombée sul côté
Pis les cris qui ont pas trouvé le ch’min
Qui sont comme restés coincés dans gorge
Non
Personne y a faite attention
Évidemment

C’est jusse vers l’heure du souper
En v’nant voir comment qu'alle allait
Que l’rouquin d’en haut l’a découverte
Pendue dans son apparte
La chaise à terre
Le silence
Le temps qui a arrêté de bouger
Le cou pis la ceinture
Pis la poutre au plafond

C’est bizarre un pendu
Qu’y s’est dit
On sait pas trop si c’est mou
Si c’est raide
On voudrait ben toucher
Donner des coups
Pour voir
Comme dans un punching-bag
Mais on l’fait pas
C’est bizarre un pendu
C’est comme une vieille poupée
Avec d’la vitre à place des yeux
Avec la tête qui penche par en avant
Pis un sourire à vous donner froid dans l’dos
Un sourire qui est pas un sourire
Pas un des siens en tout cas
Pauv’ Marmiche
Mais p’t-être ben celui d’la mort
Une sorte de grimace
Un hurlement figé
Avec des gencives qui ont l’dernier mot
Jusqu’à fin
Des gencives qui vous hantent pour le restant d’vos jours
C’était pas beau

Y a des histoires qu’on préférerait qu’y soient pas vraies
Des histoires qu’on aimerait ça pus y penser
Pis pouvoir continuer
Des histoires qui s’achèvent pas d’la bonne façon
Passque les histoires
Si c’tait jusse de moi
Y s’arrêteraient jamais

En musique:

Si la vie vous intéresse des Cowboys Fringants
Mononcle Prémi de Mes Aïeux
La Mère-Nowel des Béruriers Noirs
Tasse-toi donc de dans le chemin de WD-40
La vie n'est pas qu'une salope de Yann Perreau
26 décembre dans un centre d'achats de MAP
Non non rien n'a changé de Billy ze kick et les gamins en folie
Station balnéaire d'André

Soyez des nôtres la semaine prochaine pour notre top 8 musical de l'année !

mardi, décembre 20, 2005

Demain !

Demain, nous avons des textes de:

Rachel des Cruelles Incognitas
Marie-Ève Belleau Bérubé
Charles Bolduc
Le chinchilla masqué

mercredi, décembre 14, 2005

Émission du 14 décembre

Hola todos ! Le gusto la emision de esta manana ? ;-)

Les textes:

Et puis après tout est pareil de Yannick Fréchette
Solitude de Patata
Taxi (2) de Regina Zamorano
Prendre le temps de Françis Pelletier
Croquer des kids d'Édouard Hardcore

Silence, un commentaire d'Intellexuelle

L’attrait. Le désir. L’envie. La folie. Le jeu.
La fièvre. Courir après l’ombre de la jouissance.
L’attraper et s’en délecter. Comme on mange le fruit mûr !
Il était mûr. J’étais affamée.
Une rencontre comme il s’en fait peu. Sans mots.
Tout dans le regard, l’accord par les yeux.
Je m’avançais vers l’endroit où il était attablé.
Je l’ai aussitôt remarqué. Le démon tentateur.
Tout, des manières jusqu’au trait négligé avec lequel il vidait son verre.
Tout était confondu, connoté dans le moindre détail, tout se rapportait à moi.
J’étais le verre, j’étais l’air, le feu, l’eau, j’étais subjuguée par l’allure.
Apex. Le mot en lui-même. La douceur de ce qu’il évoque. L’orgie de sens qu’il déclenchait en moi. Les mots, dans un contexte semblable, sont malvenus.
J’ai croisé son regard, compris l’affirmation qui s’y dissimulait.
Lorsqu’il a réglé l’addition, je l’ai simplement pris par la main. Mes pas n’en étaient plus, je transpirais l’aisance, la confiance de celle qui a gagné avant même d’engager le combat. Je le savais à moi. Je savourais mon calme flegmatique.
Le noir, total. Ne plus se souvenir ni du pourquoi ni du comment.
Un lit, simplement. Une chambre. Petite. Proche. Lui, moi. L’équation résolue.
Il souriait quand je lui ai pris la main pour qu’il me dénude. Lentement. Comme s’il déshabillait une fleur fraîchement coupée, comme s’il devait porter attention au moindre mouvement, le graver, le garder en lui, poursuivre le stigmate de cette rencontre. Ses longs doigts fins m’effleuraient involontairement et pourtant, les frissons qui s’éveillaient sur ma peau étaient si pesés, si présents, si désirés qu’ils n’étaient autres que le fruit de son ardeur à me faire languir. J’étais là, nue, au beau milieu d’une pièce sombre, un inconnu me scrutant, détaillant les moindres courbes de mon corps, se délectant de cette gêne nouvelle qui naissait sur mes joues. Le rappel d’une entente tacite entre l’inconnu et moi : le silence. Ne pas briser le silence. Agir. Cesser d’être pétrifiée, sortir de ma peau, sortir de mon être, exacerber mon désir. Poursuivre la folie comme elle m’a poursuivie. Renaître dans les sillages du silence. Laisser aller mes appréhensions. Aller jusqu’au bout de l’idéal.

D’un regard, d’un seul regard, j’ai compris. J’ai entendu. Je me suis agenouillée devant lui docilement, mendiant presque le plaisir de découvrir sa chair gonflée, suppliant silencieusement la permission d’acheminer son sexe en moi, caressant des yeux sa forme naissante, l’ampleur de son renflement dans des pantalons devenus soudainement trop étroits. D’un coup de main pratiquement invisible, il se déshabilla devant moi, ne me quittant du regard que le temps de passer son chandail. La déliquescence de mes sens pudiques était à son apogée, comblée par l’odeur de son sexe érigé devant moi, prêt à être totalement absorbé par ma gorge assoiffée. Et juste au moment où je m’élançais vers lui, au moment même où mes lèvres touchaient le désir, il me retint doucement, une main solidement plaquée au front. Nos regards, encore. La soif de ma part, l’amusement de la sienne. Il se dandinait devant moi, paradait son sexe sans scrupule devant mon visage rougi, frôlait sciemment mes joues, mon front, mon nez, dirigeait son gland sur ma langue pendante puis se retirait, revenait rapidement se perdre dans mes cheveux, tournait autour de moi comme un vautour autour de sa proie, prenant un soin méticuleux de ne jamais trop corrompre son sexe incroyablement gonflé avec ma bouche offerte, frémissante. Puis soudainement plus rien. Seul son corps devant le mien. Et le silence. L’une des dernières choses que j’ai aperçu : son sourire, si démoniaque, si doux…et ses yeux. Déterminés. Pervers. Puis sa démarche décidée quand il s’est dirigé vers le lit, prenant une taie, enlevant l’oreiller rapidement, presque brutalement, roulant le tissus sur lui-même. Puis l’odeur de la force, l’odeur de l’inconnu, de la peur confiante. Lorsqu’il enveloppa ma tête de son bandeau improvisé, il a prononcé un des seuls mots que je n’ai jamais entendu de sa bouche. Un seul mot et j’étais transie, abandonnée, confiante, soumise. Un mot sorti tout droit d’une bouche magnifique, à la voix d’or, chaude, masculine. « Aies confiance. » Puis le noir total. Plus rien. Que des sens.

En musique:

Ça m'a aidé d'Ève Cournoyer
Le party de Surferigno
Les vapeurs de Karkwa
Hypnotise de System of a Down
Engage-moi de Simon J. & the Fuckingrüvin Virtual dumb band
Électrique de Damien Robitaille
Foutez-moi la paix de Thomas Hellman

À la semaine prochaine !

mardi, décembre 13, 2005

Demain !

Demain nous aurons des textes de:

Regina Zamorano
Edouard Hardcore
Françis Pelletier
Intellexuelle
Patata
Yannick Fréchette

À demain !

mercredi, décembre 07, 2005

Mnmnmnmn Patrick Dion mnmnmnmnmnm Mal de blog ! :-P

Les textes:

La lueur d'Ebi
Lâcher prise de Swan_pr
À la recherche du tréma perdu de Martin Pinard
Ballade sous un ciel ombragé de Nathalie Turcotte

Une femme intelligente de Catherine aka Matante Mazo

Tout était tranquille dans la salle de rédaction. Les seuls bruits perceptibles étaient ceux des doigts frappant sur les touches ou ceux des tasses à café qui se déposaient sur les bureaux. Le calme régnait dans les bureaux du devoir. Pas de problèmes ni d'empressement aujourd'hui. Claude effectuait les dernières retouches photos au son des Beatles qui jouaient sans arrêt dans son oreille. Caroline compilait les articles qui avaient été remis et Erika finissait sa chronique. Les yeux mis clos, larmoyants, elle effleurait les touches sans bruit. Elle hésitait avant chaque frappe tellement sa vue était brouillée par ses larmes incessantes. Personne ne posait plus de question. Elle était ainsi depuis son embauche, 4 ans auparavant, sortante de l'université, sobre et flegmatique. Elle ouvrait rarement la bouche, était docile et remettait toujours un travail impec. Erika frappa le point final et l'envoya à Caroline, éteignit l'écran cathodique et quitta son siège. Ses collègues la saluèrent, elle ne répondit rien. Était-elle hautaine ou fatiguée? Mieux valait ignorer son geste peu courtois. Bien vite on se rendait compte que potiner à son égard n'était pas des activités les plus palpitantes. Elle ramassa son manteau au vestiaire et sortit, marchant d'un pas traînant jusqu'au métro, le regard vide, comme toujours. Elle s'engagea dans l'escalier et descendit nonchalamment. Son pas était si mou qu'elle perdit pied, son genoux se brisant sur la dalle, son visage s'écrasant contre la rampe d'inox, pour finir dans le creux d'une marche. Déchaussée de ses escarpins de satin noir brodés de tulle, la jupe relevée, dévoilant un sous-vêtement léger, Erika gisait, inerte!

15 ans plus tôt... Le son strident et répétitif du réveil matin me tira de mon sommeil. Frustrée et abasourdie, je donnai un grand coup sur le dessus de l'appareil désuet, poussant un râle de mécontentement. Au bout de 15 minutes de reprise de conscience et de réflexions philosophiques révolutionnaires, je réussis à me tirer hors du lit. J'étais vis à vis la glace et je fus traumatisée par le reflet l'affreuseté de mon corps. Foutues lésions!!! Moi, Erika, 15 ans, fierté de mon infâme polyvalente, caractère farouche, difficile d'approche, mystère. Je marchai, toute nue dans la cuisine histoire de faire chauffer l'eau pour mon café. Je n'avais rien à cirer que tout le voisinage pouvait m'apercevoir. De toute façon, 90% de mon voisinage était gai. Je montai à l'étage prendre une douche rapide, redescendit en trombe, fait infuser le café et partit m'habiller. Qu'allais-je porter aujourd’hui? Un regard sur ma montre me fit revoir mes priorités et j'enfilai n’importe quoi. Je versai le café dans ma tasse isotherme d'inox, chaussai mes perchoirs et entreprit de me rendre à l'arrêt de bus. J'attendis, le bus arriva. Je m'assis à une place seule, allumai mon lecteur mp3 et regardai par la fenêtre les yeux vides. Une larme coula, puis 2, jusqu'à ce que mon visage en soit maculé. Je sortis du bus à l'endroit habituel et pénétrai dans la polyvalente. Dans le hall, le proviseur qui servait aussi de gestapiste s'assurait que chaque demoiselle soit vêtue correctement. Des couples respirant la supercherie s'embrassaient à pleine bouche maladroitement sans aucun plaisir apparent. Un groupe de fausses blondes discutaient des meilleures méthodes de fellations et de jeunes asiatiques en chandail de laine complétaient le devoir qu'ils avaient omis de finir la veille. Je marchai d'un pas traînant jusqu'à mon casier ou je saisi mes affaires et allai m'asseoir sur un banc. Le même regard vide, la tête dépourvue de toutes pensées. Plus rien, il n'y avait tout simplement plus rien. Tout était parti tout s'était envolé. Pour toujours? J'espérais bien que non.

Erika pianotait, on eu dit machinalement, sur le clavier de son ordinateur portable. Assise en tailleur dans un recoin de l'atrium, elle essayait de faire le vide et de composer une analyse potable. Études en lettres obligeaient, les travaux exigés étaient très demandant. Celui-ci, une analyse d'une anthologie d'Hubert Aquin constituait une épreuve plutôt coriace et tous les élèves du département s'étaient arrachés les cheveux, bref, l'épreuve trimestrielle avait généré un vent de panique. Une étrange nostalgie neutralisa son cerveau, immobilisa son corps en entier. Aiguilles imbibées d'angoisse sournoise. Ne plus y penser, respirer, tout cela était si loin, mais si présent! Erika mit en marche son vieux Ipod doré. Une musique douce, aérienne, planante, elle ferma les yeux. Ça aurait pu être pire, ça aurait pu être pire, ÇA AURAIT PU ÊTRE PIRE!!!! Tous les étudiants qui étaient dans l'atrium se retournèrent.

Étant encore recroquevillée dans un coin de l'espace public de l'uqam, j'étais calmement en train de relire mon rapport de stage qui était à remettre dans un peu moins d'une semaine et cela me hantait. Je n'avais pas confiance en moi et je doutais sans cesse. Beaucoup de gens se seraient sentis bien confiants à ma place. J'avais théoriquement du potentiel. Mes doigts nerveux frôlaient les touches doucement, sans bruit, apportant sans cesse corrections, précisions et améliorations. Éternelle perfectionniste que j'étais! Soudain, des acclamations dignes d'une équipe de football qui vient de remporter un championnat retentirent. Et si... Oh, impossible, voyons! Eh bien, il semblerait que quelqu’un de la faculté de littérature était allé fouiner dans une librairie aujourd'hui! Les uns m'aggripent les bras, les autres les jambes et s'en était parti pour une visite de l'université en mode body surfing! Les gens se retournent se demandant ce que la petite nowhere que j'étais avait bien pu faire!

"Elle a été publiée"!

La seule chose à laquelle je pensais, moi, c'était mon ordinateur traînant encore sur le plancher...avec mon rapport de stage. La panique et l'euphorie du succès se livrent une bataille acharnée pour savoir qui prendra possession de mon cerveau. Ils continuent de scander mon nom. Au fond de moi, je n'y crois pas, ça n'est pas réel. Leurs pauvres petits bras d'intellectuels se fatiguent. Lorsqu'ils me reposent à terre, je suis complètement perdue. Je ne sais ni quoi dire ni quoi penser. Pourquoi ne m'avaient-ils pas acclamée le jour ou ils l'avaient lu, ce manuscrit, il y a 2 ans? Simple question de réputation, formalité de solidarité? Ce soir là j'éclatai en sanglots. Ce cirque avait éveillé en moi une horrible sensation, douloureuse, infâme...

*****

C'était sa première journée, nous l'attendions tous, cette nouvelle recrue soi-disant épatante. Un vent de jeunesse ne ferait pas de tort au Devoir, tout le monde s'entendait là-dessus. Elle franchit la porte 15 minutes en retard, l'air triste, déconfite. Sans émettre le moindre son, elle se dirigea vers le bureau ou une plaquette annonçait son nom. Elle mit l'ordinateur en marche et se mit à pianoter sur le clavier. Une larme coula sur sa joue. Nous ne posâmes pas de questions.
Ce qui semblait être une mauvaise journée dura toute une vie!

En musique:

Esclavo del rocanrol de Natasha
The denial twist des White Stripes
Nos sourires de Louise Attaque
Tant pis pour toi de Nous non plus
Sexy des Protoypes
La migration de Paul Ahmarani et les nouveaux mariés
Dérape de Fred Fortin

À la semaine prochaine !

mardi, décembre 06, 2005

Demain !

Demain, nous aurons des textes de:

Swan
Martin Pinard
Nathalie Turcotte
Catherine aka Ma Tante Mazo
Ebi