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dimanche, mars 26, 2006

Émission du 26 mars

Les textes:

Sucs d'orgies nègres de Sébastien Hudon
Chronique d'un échec annoncé d'Andrée-Anne Laberge
Le retour au célibat d'Annie Talbot
Au revoir Marie-Jeanne de Philtre
Le twilight zone d'Ariane Labelle

Au-dessus de nos têtes d'Anne-Marie Auger

Dans mon imaginaire d’enfant, les dimanches d’été sentaient toujours la lessive. J’associe aux corridors de vêtements qui bariolaient le ciel au-dessus de nos têtes tout un univers d’odeurs et de sons. Les cris continuels des femmes, surtout, mères omnipotentes aux
bras courts qui bougeaient sans arrêt. Des menaces terribles qui planaient et qui nous faisaient bien rire parce qu’en aucun cas mises à exécution. Elles ne descendaient jamais de toute façon. Les mille gamins de la ruelle formaient alors un essaim étourdissant de culottes courtes et de bas sales. À l’été 1976, nous avions tous entre six et onze ans, les cheveux coupés bien ras et des vacances qui dureraient un siècle devant nous. Je porte encore le souvenir bien précis du 24 juin de cette année. Comme une rupture, un vieillissement prématuré.

La chaleur était déjà insoutenable à dix heures. Une odeur de vieille poubelle planait, encrassait le linge suspendu. On avait rangé les ballons pour des jeux plus calmes. Des billes peut-être. Un cri est venu fendre l’air lourd et humide. À côté de la grosse clôture, celle qui séparait notre cour arrière du parc Laurier, on avait trouvé un chaton. Tout noir. Il n’avait plus de poils sur un côté. Haletait, les yeux clos. Je revois encore avec une clarté étonnante, malgré les trente ans qui me sépare de l’événement, une des sœurs Landry qui tient à bout de bras le petit chat :

- Y’est vraiment doux, c’te p’tit chat-là.

Des mains curieuses se sont étirées. La fin de l’été est arrivée très vite cette année-là. Les sœurs Landry ont déménagé à la fin août. J’ai reçu une bicyclette neuve à mon anniversaire. Mais je garde surtout le souvenir d’une persistante odeur de lessive.

Mille lieues de Silence Vincent

Son sourire de marbre me fend le coeur, ses yeux tristes en disent trop long et je préfère ne pas les lire. La chandelle éclaire à peine son visage et elle ne rayonne plus comme avant. J’aurais aimé la prendre dans mes bras, lui susurrer des mots doux, lui promettre de meilleurs jours, mais comme une éponge, j’aspire sa détresse, mais elle n’en sera jamais soulagée. Je ne lave que ce qu’elle veut bien me montrer.

- Sans toi je ne suis rien, qu’elle me confie en souriant.
- Ce sont de bien belles paroles.

J’ai des frissons à la sentir si froide, si distante, mille lieues nous sépare, mille lieues nous éloignent.

- Sans toi je ne suis rien, que je lui confie en souriant.
- Ce sont de bien tristes paroles…

En musique:

Boytoy with no joy de Le Nom
Mon côté punk de Mon côté punk
Me sortir en fête de Peppertree
You are a runner and I am my father's son de Wolf Parade
J'ai soif des Batteux Slaques
Dysfonctionnel de Paul Ahmarani et les nouveaux mariés
Dimanche de Navet Confit
Bruxelles de Bénabar

À dimanche prochain !